Cet article a d’abord été publié par Gaetana sur ma-vie-quantique.com

A malin, malin et demi

J’ai longtemps fait, de temps à autre, ce rêve éprouvant. Un rêve chaque fois différent, qui raconte cependant toujours la même histoire. Je dois rassembler mes affaires – éparpillées je ne sais où – dans une sorte de course contre la montre. J’ai un avion, un train ou un bus à prendre mais je suis dans l’incapacité d’accéder à l’aéroport ou à la gare car il me manque toujours quelque chose. Je suis seule, je me perds dans mes recherches, je vois l’heure tourner avec inquiétude… bref j’ai l’impression d’être dans un labyrinthe dont je ne trouve jamais la sortie. Et chaque fois, je me réveille, impuissante, avec la désagréable sensation que j’aurais pu continuer longtemps à chercher…

Une nuit, cependant, tandis que j’étais dans le labyrinthe, j’ai pour une fois réussi à demander mon chemin. Cette situation inédite a fait émerger ma conscience. J’ai soudain réalisé en soupirant : « Oh non, je suis encore dans ce genre de rêve… ». Sans trop y croire, j’ai suivi les indications reçues, et, contre toute attente… j’ai enfin trouvé la sortie. Autant dire que je ne tenais plus en place quand, au réveil, j’ai compris ce qui venait de se passer. C’est simple : mon soulagement a été tel que j’ai cru m’être évadée de prison. Une prison mentale dans laquelle j’aurais pénétré il y a fort longtemps…

Je vais tenter d’explorer dans ces deux articles la nature de cette prison et le cheminement qui a permis de stopper la répétition de cette histoire. Autrement dit, je vais parler du mental, de ses stratégies et de l’acceptation, in fine, de ses limites, laissant place à une plus profonde connexion avec l’âme.

 

Les stratégies du mental (pour ne pas sortir du mental)

Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais parler de l’origine du mental. D’où vient-il ? A quoi sert-il ? Tel que je vois les choses, le mental est une partie de l’âme. A l’origine, il a été conçu pour nous permettre d’interagir sur le plan humain, à travers nos sens, en créant une séparation illusoire de notre Moi afin que nous puissions nous expérimenter à la fois de l’intérieur et de l’extérieur [1]. Bien que ce ne soit pas une manière naturelle de fonctionner pour l’âme, cela devait servir notre expérience dans la matière, nous permettre d’agir dans cet espace-temps.

 

Le cerveau-mental

Le mental est donc pour ainsi dire parti en mission. Il a pris pour compagnon de route le meilleur processeur qui soit dans le monde physique, capable de contrebalancer et d’incarner sa nature éthérée : le cerveau. Ensemble, ils ont voulu nous offrir l’expérience la plus captivante possible dans cette réalité, et uniquement dans cette réalité. Une immersion complète dans la biologie, dans la compréhension et l’interprétation de ce qui nous entoure et de ce qui nous anime. Une sorte d’incarnation à l’intérieur de nous-mêmes, nous permettant d’avoir des ressentis sensuels et sensoriels qui ne peuvent émaner que du fait d’être dans une forme physique.

Le prix à payer pour le mental fut sa mise à l’écart volontaire. A tort et à raison, il s’est tapi dans un recoin de l’âme. Il s’est fermé. Une séparation physique avec l’âme s’est également installée dans le cerveau par l’intermédiaire des hémisphères cérébraux.

Le cerveau-mental est ainsi resté bloqué dans l’espace et le temps, rompant le contact avec tout ce qui est au-delà de lui, en particulier sa connexion avec l’âme. C’est alors qu’il a produit et entretenu la souffrance. Car vivre dans une forme physique dès lors que la perception mentale est restreinte est inévitablement lié à la souffrance…

Voyons justement comment le mental s’y prend pour restreindre notre perception. Petit passage en revue de ses stratégies…

 

Le mental travaille par association

Le mental est plutôt littéral, il fait spontanément des associations avec des choses qu’il connaît déjà ou qu’il a déjà faites [2]. Une association en entraînant une autre, on peut très vite se retrouver perdu dans un labyrinthe, si vous voyez ce que je veux dire…

Le mental utilise des qualias, c’est-à-dire des contenus subjectifs, des contenus qui ne peuvent exister que dans et pour une conscience qui en fait l’expérience. Ainsi ne pouvons-nous pas entrer dans la conscience d’autrui pour connaître ses qualia, pas plus que nous ne pouvons faire comprendre à quelqu’un nos propres qualias. Cela dit, même si les qualias sont personnels, notre perception est indirectement influencée par les qualias des autres [3].

 

Le mental aime se conformer

Je me souviens d’une période, étant enfant, au cours de laquelle je ne savais pas de quelle main écrire. Je m’étais mis en tête d’essayer les deux possibilités jusqu’à pouvoir sentir celle avec laquelle je serai le plus à l’aise. Mon père était un gaucher contrarié et, bien que je n’eusse probablement pas connaissance de cette information à ce moment-là, je pense que cela participait inconsciemment à mon dilemme. Toujours est-il que ma grand-mère, à l’époque, se moquait ouvertement de moi lorsqu’elle me voyait faire. Elle ne comprenait pas que je puisse hésiter sur une telle question. Du haut de mes six ans, j’ai alors fini par me dire que ma vie serait sans doute plus facile si je me conformais à ce que j’observais se répéter le plus souvent autour de moi. J’ai donc décidé que je serai droitière.

Des années plus tard, le « hasard » a voulu que je rencontre une naturopathe pour qui mon corps était définitivement gaucher, même si j’étais « droitière ». Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que si mon mental a un jour gagné au test de conformité, cela n’a rien changé pour mon corps. C’est d’ailleurs précisément ce qui me fait dire que cette histoire n’avait à voir qu’avec la conformité. Le mental aime se sentir « normal », et si ce qui est considéré comme normal à un moment ne l’est plus à un autre, il s’adaptera, en général, pour se conformer à cette nouvelle normalité [4]. Sans doute est-ce possible de se conformer pendant un certain temps, mais à un moment, quelque chose est obligé de changer parce que ce n’est pas dans notre nature profonde… j’y reviendrai.

 

Le mental cherche à reproduire

Pour le mental, toute chose doit être reproductible pour être vraie. N’est-ce pas ainsi que fonctionne la science ? Pour que les résultats d’une expérience soient valides, un scientifique doit pouvoir la reproduire dans le temps, encore et encore et encore avec peu ou pas de variation. La méthode scientifique implique également de séparer le sujet de l’objet, d’effacer le sujet, dans l’idéal complètement, et à défaut le plus possible. Ces méthodes sont ainsi censées garantir que la connaissance scientifique décrit une « réalité objective », indépendante non seulement du sujet connaissant [5], mais tout simplement de l’observateur [6].

 

Le mental éclipse la créativité

Peut-on être créatif en fonctionnant par reproduction ? Non, mais on peut faire semblant d’être créatif ! Ainsi le mental est-il par exemple parfaitement capable de nous convaincre que faire de la peinture au numéro est un gage de créativité.

Sauf que la véritable créativité ne passe pas par le mental [7]. Elle relève d’une connexion plus profonde qui ne peut se manifester que lorsque le mental s’éclipse, même temporairement et même si l’on n’en a pas conscience.

 

Le mental adore la distraction

Cherchez à sortir du mental et celui-ci s’enthousiasmera en vous disant « Super ! Allons au-delà du mental ! ». Mouais… Ce qu’il vous dira en réalité, c’est plutôt « Non, non. Nous n’allons pas vraiment faire ça. Nous allons faire semblant de sortir du mental, depuis l’intérieur du mental, mais en fait nous n’irons nulle part. » Vous n’en aurez probablement pas conscience mais le mental déploiera tout un arsenal de distractions – mêmes spirituelles – pour vous détourner de votre objectif, qu’il ne sera de toutes façons jamais en mesure d’atteindre… ! Parce qu’il n’a jamais été possible de sortir du mental depuis l’intérieur du mental. J’en sais quelque chose, j’ai essayé ! Cependant cela s’est réellement produit dans mon expérience au moment où je m’y attendais le moins : au cours d’une rupture d’anévrysme qui a laissé mon mental sans voix si l’on peut dire [8].

Mais la plupart du temps, le mental restera sur son trône tout en amusant la galerie (dans le meilleur des cas…). Que ne ferait-il pas pour connaître encore et encore cette exaltante sensation d’être supérieur à tout ?

 

Le mental aime agencer, même ce qui ne s’agence pas

Le mental veut nous offrir une expérience unique et unifiée des choses. C’est pourquoi il passe son temps à agréger, telles les pièces d’un puzzle, toutes les données qui lui parviennent : sons, images, ressentis… Quitte à prendre au passage quelques libertés ! Il reçoit en effet ces données en fragments et en tranches qui ne coïncident pas nécessairement entre elles. Mais il a cette capacité phénoménale à faire feu de tout bois, à utiliser même les choses qui ne correspondent pas et à les agencer ensemble. Il peut ainsi assembler les pièces d’un puzzle avec des parties qui ne s’imbriquent pas ou des couleurs qui ne correspondent même pas.

Il veut nous offrir un tout, mais pas nécessairement un tout véridique. Il peut parfaitement nous tromper sous prétexte « de faire son boulot ».

 

Le mental peut permettre, mais un tout petit peu

C’est une question de survie. Le mental veut garder le contrôle, il veut tout gérer. Cependant, pour avoir la paix avec cette partie de nous qui sent bien qu’« il y a autre chose », il est prêt à négocier.

Ainsi, il peut lâcher un peu de lest, accorder un peu de liberté. Une liberté conditionnée, bien sûr, parce qu’il ne faudrait quand même pas que cela aille trop loin. Arrivera un moment où le mental dira « Hey, c’est moi qui dirige. Je suis le chef ici. Nous allons continuer à faire ce que nous faisons. Une force extérieure est en train d’essayer de me faire dévier de la bonne voie. Alors je vais permettre, mais seulement un peu. C’est pour ta sécurité, tu comprends ? Laisse-moi plutôt te dire quoi faire et ne pas faire ». L’ironie de l’histoire, c’est qu’il ne veut pas permettre mais a toujours besoin de permission… Peut-être à commencer par celle de sortir du mental…

 

Le mental définit et valide sans cesse l’être humain

Où tout cela nous mène-t-il, me direz-vous ? Au fait que nous sommes devenus entièrement dépendants de notre mental. Nous avons désespérément besoin de lui pour nous valider. Pour nous justifier. Tout le temps. C’est un jeu sans fin dans lequel nous nous retrouvons frustrés en permanence.

La véritable raison de cette frustration est simple : notre identité profonde ne vient pas du mental, elle vient de l’âme, et nous le savons à un certain niveau, même s’il est inconscient.

Alors, la seule chose que l’on puisse espérer, c’est que le mental ait des limites. Mais si tel est le cas, peut-il les franchir lui-même ? Sinon, comment sortir du mental ?

C’est ce que nous allons explorer dans le prochain article (en ligne prochainement). Nous nous rendrons aux frontières du mental et même au-delà…

 

 

 


Notes et références

[1] C’est la dynamique de la prise de conscience. Elle est basée sur un double mouvement : vers l’extérieur (l’observation) et vers l’intérieur (le retour d’expérience), offrant ainsi à l’être humain l’incroyable possibilité de s’expérimenter à la fois de l’extérieur et de l’intérieur.
[2] Plus généralement au sujet des associations mentales, voir la conférence d’Idriss Aberkane Le Cerveau excellent.
[3] D’après la dynamique de l’univers connecté  de Nassim Haramein. Vous pouvez consulter l’article sur la conscience quantique pour une entrée en matière.
[4] Voir par exemple à ce sujet l’expérience de conformité de Asch.
[5] Pour aller plus loin, vous pouvez consulter l’article Objectivité et subjectivité : la perception unifiée.
[6] Le rôle de l’observateur pourrait bien être beaucoup plus important que prévu, comme la physique quantique le montre.
[7] Le mental permet de créer mais n’est pas créatif, voir l’article sur le principe de mentalisme à ce sujet.
[8] Pour connaître les détails de cette affaire, vous pouvez lire Mon histoire.


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