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Le Captagon, la drogue de la Cabale au service du jihad

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Des groupes terroristes comme l’Etat islamique ou Al-Nusra utilisent cette substance pour inhiber la peur de leurs combattants.

Le 28 juin, Seifeddine Rezgui ouvre le feu sur la plage d’un hôtel touristique de Sousse, en Tunisie. Il fait 38 morts et une trentaine de blessés, avant d’être abattu par un policier.

D’après une source citée par le Daily Mail, l’autopsie prouve que le jeune homme était alors sous l’emprise de drogue, «identique à celle que l’Etat islamique (EI) donne aux personnes faisant des attaques terroristes». Le groupe terroriste produit et utilise en effet le Captagon pour rendre les combattants le plus opérationnel possible au moment des combats.

Faire disparaître la crainte et la fatigue, tels sont les deux effets principaux du Captagon. Le psychiatre Ramzi Haddad indique à Reuters que cela crée «une sorte d’euphorie» : «Vous ne dormez pas, vous ne mangez pas, vous avez de l’énergie.» Des effets qui s’expliquent par les substances qui composent cette drogue.

Un trafic juteux

Le Captagon est produit à partir de la fénéthylline, une molécule amphétaminique, parfois mixée avec de la caféine. Cette combinaison stimule la dopamine et améliore la concentration de l’individu, selon le psychiatre libanais Elie Chédid, interrogé par L’Orient-Le Jour. C’est d’ailleurs en raison de ces vertus que le Captagon a été un temps utilisé comme médicament, notamment pour traiter la narcolepsie et l’hyperactivité, avant d’être considéré comme substance addictive et interdit dans plusieurs pays dès les années 1980.

Depuis 2011, la fabrication du Captagon au Liban, jusque-là principal producteur, se serait largement délocalisée vers la Syrie. La majeure partie des pilules est désormais élaborée dans ce pays, selon un responsable de l’unité de contrôle des drogues libanais interrogé par Reuters. Celles-ci sont ensuite transportées par bateau ou voiture de la Syrie vers le Liban et la Jordanie.


Captagon : Breaking bad au Moyen Orient par spicee

D’après les chiffres de l’Organisation mondiale des douanes (OMD), la quantité de pilules saisies dans les pays de la péninsule arabique a fortement augmenté : plus de 11 tonnes de Captagon en 2013, contre 4 seulement l’année précédente. Vendu entre 5 et 20 dollars le comprimé, le Captagon offre un potentiel de financement majeur.

Morgane Heuclin-Reffait

Source : http://www.liberation.fr/planete/2015/07/02/le-captagon-une-drogue-au-service-du-jihad_1341671

Le captagon, cette drogue qui inonde le Moyen-Orient

De la Syrie à l’Arabie saoudite, en passant par la Jordanie, le captagon suscite crainte et convoitise. Ce dérivé d’amphétamines permet autant aux réfugiés syriens de fuir leur pénible quotidien qu’aux djihadistes de commettre les pires atrocités, le sourire aux lèvres. Et ce serait la principale source de financement du groupe armé État islamique.

À la barre cette semaine de l’émission Désautels le dimanche sur ICI Radio-Canada Première, Frank Desoer en a discuté avec le journaliste indépendant Julien Fouchet, qui a enquêté sur le trafic de ces comprimés. Entretien en 6 questions pour comprendre.


1. Qu’est-ce qui vous a poussé à enquêter sur le sujet?

Ce qui m’a d’abord frappé, c’est de voir tous les jours dans la presse d’Amman des rapports sur des coups de filet de la brigade des stupéfiants, qui en trouve dans des voitures, des extincteurs, voire des olives.

Les chiffres sont impressionnants : on parle de dizaines de milliers de pilules saisies chaque jour en Jordanie. En Syrie, que ce soit les groupes armés rebelles, l’armée syrienne libre, l’armée du régime, Jabhat al-Nosra, l’État islamique, tous les combattants semblent en prendre.


2. Quelle sensation procure cette drogue?

C’est un dérivé d’amphétamine, la molécule fénétylline, qui permet de rester éveillé, qui donne des hallucinations, mais surtout qui désinhibe, permettant, pourrait-on dire, de décapiter, d’égorger… sourire aux lèvres.

Dans un autre ordre d’idées, en Arabie saoudite, l’alcool est interdit, mais les autorités saoudiennes ne savent pas très bien quel statut donner à cette substance, drogue ou médicament (d’ailleurs interdite dans les années 80 dans la plupart des pays du monde).

L’explication qu’on nous donne généralement, c’est que les Saoudiens sont des gens qui prient très tôt et se couchent très tard, et donc prennent ce qui – à leurs yeux – est moins considéré comme une drogue.


3. Est-ce une source importante de revenus pour le groupe armé État islamique?

Oui, pour prendre la mesure de ce trafic, ce qui est intéressant, c’est de voir la progression des saisies depuis le début de la guerre. Elles ont été multipliées par six, passant de 5 millions de comprimés en 2010 à 30 millions l’an dernier.

Les pilules proviendraient, selon la brigade des stupéfiants jordanienne, de Syrie, transiteraient par la Jordanie pour atteindre le marché des Émirats et surtout celui de l’Arabie saoudite. En Jordanie, chaque pilule est vendue un peu moins de 2 $ canadiens (un dinar), alors qu’en Arabie Saoudite, il en coûte entre 21 et 28 $. On parle d’un chiffre d’affaires de 1 milliard de dollars cette année. C’est certainement une de leurs sources de financement.

On parle beaucoup du pétrole, des antiquités, des rançons […] Il est compliqué de dire exactement ce qui rapporte et combien. Les groupes armés ont des frais, mais une chose est certaine : faire la guerre au captagon, c’est faire la guerre au terrorisme.


4. Où est produit le captagon?

C’est très difficile à savoir. À l’origine, c’était en Europe de l’Est, en Bulgarie, qu’on en produisait clandestinement. Une partie de la production s’est ensuite déplacée au Liban, dans la vallée de la Bekaa, une zone contrôlée par le Hezbollah, frontalière avec la Syrie.

Aujourd’hui, l’usine s’est agrandie, mais difficile de dire si c’est l’État islamique dans le nord du pays, l’armée syrienne libre dans le sud ou l’armée du régime à l’ouest. C’est compliqué. En tout cas, chaque groupe accuse l’autre d’en faire le commerce à grands coups de vidéos de propagande.

Écoutez l’entrevue de Frank Desoer avec le journaliste indépendant Julien Fouchet à Désautels le dimanche, le 12 juillet dès 10 h, sur ICI Radio-Canada Première.

5. À qui sont destinés les comprimés?

Les réfugiés syriens que j’ai rencontrés, qui prennent du captagon, sont un peu comme un dommage collatéral de ce trafic. Ces millions de pilules qui transitent du nord au sud par la Jordanie profitent aux petits dealers et permettent à certains jeunes consommateurs, qui ne peuvent travailler et ne voient pas la fin de la guerre, de s’évader, d’oublier leur vie misérable pour peu cher.


6. Vous avez accompagné des policiers jordaniens dans une opération assez spectaculaire. Qu’avez-vous vu? 

J’avais déjà vu les astuces des trafiquants à la frontière saoudienne, les olives dont on remplace le noyau par des pilules m’avaient particulièrement impressionné. Donc, quand ils m’ont appelé, ils venaient de saisir un 4X4 dont la carcasse était entièrement garnie de sacs de comprimés. Le démontage de la camionnette a duré plus de deux heures. On en a trouvé dans la benne, les sièges, même dans le moteur; en tout, 3 millions de pilules!

Eh bien, malgré cette victoire, le chef de la brigade des stupéfiants estime que la lutte est vaine, à cause du manque de moyens dédiés à la lutte, et du manque de communications entre Saoudiens, Européens et Américains. Selon lui, 80 % du captagon voyage sans encombre.

Le documentaire Captagon : Breaking Bad au Moyen-Orient est offert en ligne sur le site du webmagazine français par abonnement Spicee.com.

Vu de Bulgarie. Aux origines de la potion magique de Daech

Le captagon, drogue utilisée par les militants de l’organisation Etat islamique, serait produite en Bulgarie, dans un laboratoire de l’Otan. Les journaux bulgares s’interrogent.

Pour la presse de Sofia, la Bulgarie s’est retrouvée, une fois de plus, au coeur d’un “scandale international”. Tous les médias relaient ainsi le contenu de plusieurs articles parus récemment et dont les auteurs disent avoir “percé le secret des djihadistes”.

La cruauté – tout comme la détermination – des combattants de Daech s’expliquerait par leur consommation d’une drogue interdite, le captagon. Et qui serait produite depuis 2011 en Bulgarie dans un “laboratoire de l’Alliance atlantique”, comme le précise l’agence officielle russe Ria Novosti. Le journal en ligne Tunisie numérique et l’agence de presse cubaine Prensa Latina vont dans le même sens.

Pour Ria Novosti, cette “potion de la terreur” a joué un grand rôle dans les “printemps arabes”, son usage expliquant en partie l’enthousiasme des “foules de Tunis, d’Egypte et de Libye”. L’agence rappelle aussi, comme de nombreux autres médias russes, une affirmation qui n’a jamais pu être étayée de manière indépendante : le captagon aurait été également distribué à des manifestants sur la place Maïdan (Kiev), et aurait été utilisé aussi par les forces ukrainiennes comme stimulant lors de leurs opérations dans l’est de l’Ukraine.

“Mensonge”

Interdite depuis 1986, la molécule du captagon (son appellation médicale est la fénéthylline) est un psychotrope puissant connu pour procurer une tonicité sans pareille, et permettrait de vaincre la peur, la fatigue et la douleur, tout en augmentant les performances sexuelles. Ce qui colle avec le contenu de nombreux témoignages de terrain, décrivant les combattants de Daech dans un état second, voire “complètement shootés”.

Contacté par le quotidien 24 Tchassa, le ministère de la Défense bulgare a, en revanche, démenti l’existence d’un quelconque “labo” de l’Otan dans le pays :

“L’Alliance atlantique est une organisation de défense collective, dont la Bulgarie fait partie, mais la production de captagon comme de tout autre produit psychotrope ne fait pas partie des activités ni des objectifs de l’organisation.”

Déniché par le journal Vsekiden, un laboratoire travaillant pour la Défense existe bien à la faculté de chimie de Sofia, mais il s’occupe de tester différents textiles pour la fabrication d’uniformes. “C’est un mensonge éhonté”, a conclu l’ex-ministre de la Défense, Nikolaï Tsonev.

Production industrielle

Pourtant, la Bulgarie a une longue histoire avec le captagon, dans lequel le régime communiste avait vu une mine d’or. Au début des années 1980, Sofia a importé de petites quantités de captagon d’Allemagne (de l’Ouest) avant de se lancer dans sa propre production, cette fois-ci à une échelle industrielle – et illégale. Les recettes ont alimenté en devises un pays de plus en plus exsangue.

Après la chute du Mur en 1989, les canaux et, parfois, les lieux de production survivent pendant de nombreuses années. “Privatisé”, ce trafic est à l’origine de la création des principaux groupes mafieux du pays et connaît un essor spectaculaire jusqu’à l’entrée de la Bulgarie dans l’Union européenne, en 2007. Depuis, selon les experts, la production s’est déplacée vers le Moyen-Orient et, depuis 2011, surtout la Syrie où elle échappe à tout contrôle. Mais un certain savoir-faire bulgare en la matière persiste. Issus des grandes usines pharmaceutiques communistes, des “experts” bulgares parcourent le monde arabe en faisant monnayer leurs compétences. L’un d’eux, âgé de 47 ans, a été arrêté en novembre 2014 au Liban. Selon le quotidien Dnevnik, il serait l’un des plus performants en la matière.


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