Le soleil ne demande pas son chemin, et le vent n’attend pas la permission de souffler. En 2026, cette évidence physique semble enfin alignée avec les politiques énergétiques mondiales. Les investissements dans les énergies renouvelables ont atteint des records historique, et le plus spectaculaire? Ce ne sont plus les pays riches qui mènent la danse. Les pays en développement ont pris le volant, et ils ne comptent pas le lâcher.

800 gigawatts de foi en l’avenir

En 2025, le monde a ajouté près de 800 gigawatts de capacité renouvelable. Huit. Cent. Gigawatts. Si tu essaies de visualiser ce chiffre, oublie tout de suite. C’est colossal, vertigineux, presque abstrait. C’est l’équivalent de construire plusieurs centaines de réacteurs nucléaires en une seule année, sauf que ça ne prend pas quinze ans et que ça ne produit pas de déchets radioactifs. Cette expansion représente une hausse de 16 % par rapport à l’année précédente, et c’est la 23ème année consécutive que les renouvelables battent un record de croissance. Oui, vingt-trois. La série continue, et personne ne semble capable de la stopper.

Le solaire photovoltaique a trusté plus des trois quarts de ces nouvelles capacités. Plus de 600 gigawatts de panneaux solaires ont été installés à travers la planète en 2025, un seuil historique franchi pour la première fois. Trente pays ont dépassé le seuil symbolique du gigawatt installé en une seule année, contre seulement une quinzaine en 2020. Le solaire n’est plus une curiosité technologique ni un luxe de pays riches. C’est devenu le nouvel étalon de mesure de la puissance électrique nationale.

bigstock solar panel against blue sky 16564781

La Chine voit triple, et le reste du monde regarde

Bien sûr, la Chine reste le mastodonte absolu. Le pays a ajouté à lui seul près de 500 gigawatts de capacités renouvelables en 2025, soit plus de 60 % de la croissance mondiale. Concrètement, la Chine a installé 370 gigawatts de solaire et 117 gigawatts d’éolien en une seule année. Ces chiffres sont si élevés qu’ils en deviennent difficiles à croire. Le pays a tellement accéléré qu’il a même changé ses mécanismes de soutien en cours de route : en juin 2025, il est passé des tarifs fixes longue durée aux appels d’offres compétitifs. Résultat, les développeurs se sont précipités pour boucler leurs projets avant la réforme, ce qui a créé un premier semestre explosif, suivi d’un second plus calme.

Mais le fait le plus marquant de ce cru 2025-2026, c’est que la part du solaire et de l’éolien dans le mix électrique chinois a atteint 22 %, dépassant ainsi la moyenne des pays de l’OCDE qui stagne à 20 %. La Chine, souvent pointée du doigt pour ses émissions de CO2, produit désormais plus d’électricité renouvelable, en proportion, que la moyenne des nations développées. On vous laisse digérer cette information.

L’Inde entre dans la danse avec fracas

Si la Chine était attendue en tête, l’Inde a réservé une surprise de taille. Le pays a vu ses capacités renouvelables bondir de près de 60 % en 2025, la croissance la plus rapide parmi les grands marchés. L’Inde a installé près de 50 gigawatts de solaire en une année, et pour la première fois de son histoire, elle a installé davantage de solaire que les États-Unis. Que tu sois un adepte des chiffres ou juste quelqu’un qui regarde le monde évoluer, cette nouvelle devrait retenir ton attention. Un pays de 1,4 milliard d’habitants, avec des besoins énergétiques qui explosent, choisit massivement le solaire plutôt que le charbon.

L’éolien indien a également doublé, passant au-delà de 6 gigawatts annuels. Ce n’est pas encore suffisant pour rattraper le solaire, mais la dynamique est claire. L’Inde ne se contente pas de regarder les autres accélérer. Elle appuie sur le champignon.

Les pays riches font-ils encore la course?

Il serait injuste de dire que les nations développées ont calé. L’Union européenne a installé un record de 85 gigawatts de renouvelable en 2025, soit 10 % de plus qu’en 2024. L’Allemagne compte pour 17 gigawatts, un quart du solaire européen. L’Espagne a fait un bon de 50 % avec 14 gigawatts. La France, la Lituanie et la Roumanie ont également établi des records nationaux. Mais le tableau d’ensemble révèle une tendance de fond : les pays riches représentent une part de moins en moins significative de la croissance mondiale.

Aux États-Unis, l’installation de capacités renouvelables a même reculé de 10 % en 2025, pour atteindre 49 gigawatts. C’est toujours considérable, mais la trajectoire n’est pas celle qu’on aurait pu espérer d’une économie qui se dit engagée dans la transition. Entre les revirements politiques et les délais de raccordement au réseau, le premier marché mondial donne l’impression de freiner des quatre fers tout en prétendant sprinter.

L’Afrique et le Moyen-Orient découvrent leur soleil

Les vraies surprises viennent peut-être des régions qu’on n’attendait pas. Les capacités renouvelables en Afrique subsaharienne ont doublé, pour atteindre environ 12 gigawatts. L’Afrique du Sud a installé plus de 3 gigawatts de solaire pour la première fois. L’Arabie saoudite a quadruplé ses installations solaires, frôlant les 7 gigawatts. Le Pakistan a ajouté près de 10 gigawatts, principalement grâce à des systèmes solaires distribués, connectés ou non au réseau. Ces pays ne sont plus en attente de technologie. Ils la déploient à grande échelle, souvent plus vite que les pays riches.

Pourquoi? Parce que les panneaux solaires sont soudain devenus accessibles, parce que les besoins énergétiques explosent avec la croissance démographique et économique, et parce que ces régions disposent d’un atout considérable : un ensoleillement et un potentiel éolien parmi les plus élevés au monde. Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont également doubled leurs capacités, avec environ 12 gigawatts ajoutés. Ces zones géographiques, longtemps perçues comme dépendantes du pétrole, sont en train de rédiger leur propre scénario énergétique.

Le vent tourne aussi du côté de l’éolien

Si le solaire capture les projecteurs, l’éolien n’est pas en reste. Les installations mondiales d’éolien ont crû de près de 40 % en 2025, établissant un record à environ 160 gigawatts, et ce malgré les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et les retards de raccordement. En mer, l’éolien offshore a connu des fortunes diverses. L’Union européenne n’a installé que 1 gigawatt d’éolien en mer en 2025, contre 1,7 gigawatt l’année précédente. La France et l’Allemagne ont été les seules à déployer de nouvelles capacités offshore sur le continent européen.

Mais ailleurs, ça turbine. La Chine a ajouté 117 gigawatts d’éolien en 2025, et sa croissance se poursuit dans la seconde moitié de l’année avec les grands projets de “méga-bases” qui échappent au système d’appels d’offres. Le pipeline mondial de projets éoliens et solaires a atteint un record de 4,9 térawatts fin 2025. À ce rythme, on ne parle plus de transition énergétique. On parle d’une nouvelle Normalité.

Les chiffres qui font réfléchir

Quelques données méritent qu’on s’y attarde. Le solaire photovoltaique est devenu la technologie électrique avec la plus grande capacité installée au monde, avec environ 2 800 térawatts de cumulées. Oui, 2 800 térawatts. La production solaire mondiale a enregistré la plus forte hausse d’une année sur l’autre, avec 620 térawattheures supplémentaires en 2025, contre 450 en 2024. L’Agence internationale de l’énergie prévoit que le solaire dépassera l’éolien et le nucléaire d’ici 2026, et l’hydroélectricité d’ici 2029. Le soleil est en passe de devenir la première source d’électricité au monde.

Les investissements ont suivi. En 2025, les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables ont atteint 386 milliards de dollars au premier semestre seulement, un record qui plus est en hausse de 10 % sur un an. Ce ne sont plus les subventions qui tirent le mouvement. C’est la compétitivité économique. Le solaire et l’éolien sont désormais moins coûteux que les centrales au charbon ou au gaz dans la plupart des régions du monde, sans même avoir besoin de carbone. Le jeu n’est plus le même.

Une redistribution des cartes

Ce qui se joue avec ces chiffres, c’est une redistribution profonde de la carte du pouvoir énergétique. Les pays en développement ne sont plus des spectateurs de la transition. Ils en sont les acteurs principaux. La Chine et l’Inde, à elles seules, représentent la majeure partie de la croissance mondiale. L’Afrique et le Moyen-Orient rejoignent le mouvement avec une vitesse surprenante. Les nations riches, elles, oscillent entre enthousiasme et atermoiements politiques.

Il y a quelque chose d’ironiquement poétique dans cette configuration. Les pays qui ont le moins contribué au réchauffement climatique, ceux qui souffrent le plus de ses conséquences, sont aussi ceux qui mènent la course vers les énergies propres. Pendant ce temps, les principaux émetteurs historiques peinent à tenir leurs engagements et parfois même à maintenir le cap. L’histoire retiendra peut-être que la transition énergétique fut d’abord le fait des pays du Sud, bien malgré les pays du Nord.

Et maintenant?

Les indicateurs sont au vert, mais prudence. Derrière ces records impressionnants se cachent des défis bien réels. Les réseaux électriques peinent à absorber l’afflux de productions renouvelables, les délais de raccordement s’allongent, et les chaînes d’approvisionnement restent sous tension. La demande mondiale en électricité continue de croître, et il faudra encore des années avant que les renouvelables ne représentent la majorité du mix mondial. Le charbon et le gaz dominent encore largement la production mondiale d’électricité.

Mais la dynamique est claire. Le sens de l’histoire est tracé. Le soleil brille sur tous les continents, et le vent n’appartient à personne. Les énergies renouvelables ne sont plus une question d’idéologie ou de volonté politique. Elles sont devenues une question de pragmatisme économique, de santé publique et de survie climatique. Et contre toute attente, ce sont les pays les plus vulnérables qui montrent la voie. Les autres n’ont plus qu’à suivre, ou à regarder le train passer.

Passe une excellente journée et n’hésitez pas à commenter ou partager, cela me motive dans mon travail, et si tu souhaites devenir contributeur, tu peux aider en faisant un don au site ici.
Sat Chit

🐙 Article publié dans le cadre de la Revue Feel Good quotidiennes de Lumière sur Gaia.

S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires