# La déforestation en Amazonie ralentit — et ce n’est pas un accident

**L’Amazonie respire un peu mieux. Après des années de marée haute sous Bolsonaro, le plus grand poumon vert de la planète voit sa courbe s’infléchir. Mais entre le “c’est génial” et la réalité, il y a toute la nuance du monde.**

## Une forêt qui compte, et pas qu’un peu

Commençons par les bases, parce que ça mérite qu’on le rappelle. L’Amazonie, c’est environ 5,5 millions de km² de forêt tropicale, à cheval sur neuf pays mais surtout concentrée au Brésil (environ 60 %). C’est le plus grand écosystème forestier de la planète.

Sur le plan de la biodiversité, on parle de 10 % de toutes les espèces animales et végétales connues sur Terre. Des jaguar aux singes hurleurs, des orchidacées aux arbres centenaires, l’Amazonie est une bibliothèque du vivant dont on n’a même pas fini de cataloguer les volumes.

Sur le plan climatique, la forêt amazonienne stocke entre 150 et 200 milliards de tonnes de carbone. Quand elle brûle ou disparaît, ce carbone remonte dans l’atmosphère. Pas idéal quand t’essaies de limiter la casse du réchauffement climatique.

Sur le plan hydrique, l’Amazonie génère sa propre pluie. L’évapotranspiration des arbres crée un cycle de nuages qui bénéficie à une bonne partie du continent sud-américain. On appelle ça la rivière volante. Quand la forêt décline, cette rivière s’assèche, et avec elle les cultures de millions de personnes en aval.

Donc oui, l’Amazonie, c’est un peu le pilier central de plusieurs équilibres planétaires. Sauvegarder ce pilier n’est pas une option romantique, c’est une nécessité physique.

## Les chiffres qui donnent (un peu) espoir

Selon les données PRODES (Programme de calcul de la déforestation en Amazonie légale), le taux de déforestation mesuré pour 2025 en Amazonie légale brésilienne est de 5 796 km², soit une baisse de 11 % par rapport à l’année précédente. C’est le taux le plus bas enregistré depuis onze ans.

Pour remettre ça en perspective, voici un tableau de route :

| Période | Estimations annuelles |
|—|—|
| Pic historique (2004) | environ 27 000 km² |
| Sous Lula (2003-2010, premier mandat) | baisse drastique jusqu’à environ 7 000 km² |
| Sous Bolsonaro (2019-2022) | remontée rapide jusqu’à des niveaux inquiétants |
| 2024 | environ 6 500 km² |
| 2025 | environ 5 796 km² |

Sous le premier mandat de Lula (2003-2010), la déforestation était passée de 27 000 km² à environ 7 000 km². Un des résultats les plus spectaculaires de l’histoire de la politique environnementale. Puis Bolsonaro a fait marche arrière, avec une montée rapide jusqu’à des niveaux préoccupants.

Depuis le retour de Lula au pouvoir en janvier 2023, la tendance s’est à nouveau inversée. En deux ans, les taux ont été réduits de moitié. Le graphique de Hannah Ritchie (Our World in Data) montre ça très clairement.

## Qu’est-ce qui a changé ?

Quand on regarde ce qui a déclenché cette inversion de courbe, plusieurs facteurs émergent. Aucun n’est magique, mais ensemble, ils ont un impact réel.

### Le retour du plan anti-déforestation

En 2004, le Brésil avait lancé le PPCDAM (Plan d’action pour la prévention et le contrôle de la déforestation en Amazonie légale). C’était une stratégie coordonnée entre plusieurs ministères. Renforcement des systèmes de surveillance par satellite, sanctions accrues, création d’aires protégées, et pression diplomatique internationale. Le truc qui marche quand c’est bien fait.

En 2019, sous Bolsonaro, ce plan a été abandonné. Financement coupé. Volonté politique : quasi nulle. Les yeux se sont fermés.

En 2023, Lula l’a remis sur la table. Le PPCDAM est de retour, et avec lui une chaîne de commandement qui fonctionne à nouveau. Ce n’est pas de la magie, c’est de l’organisation.

### Du satellite dans les yeux des délinquants

Le système PRODES assure le suivi par satellite de toute l’Amazonie légale avec une précision qui permet de détecter les coupes dès qu’elles dépassent une certaine surface. Le système DETER, lui, est un outil d’alerte rapide qui détecte les changements de couverture forestière presque en temps réel. Plus les alertes sont précises et rapides, plus les opérations de lutte contre l’orpaillage illégal et le défrichage clandestin peuvent intervenir vite.

Ces systèmes existent depuis longtemps, mais leur qualité et leur résolution se sont améliorées au fil des générations de satellites. Et surtout, les résultats de DETER sont désormais utilisés concrètement pour déclencher des opérations des forces de l’ordre. Quand le satellite voit ton tracteur détruire la forêt, et que dans les 48 heures une équipe du IBAMA (Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles) débarque, ça change le comportement.

### Des sanctions qui redeviennent dissuasives

Sous Bolsonaro, les amendes environnementales étaient devenues quasi symboliques. Certaines étaient même contestées en justice et annulées. Le message envoyé à ceux qui défrichaient illicitement était clair : foncez, le pire qui peut vous arriver c’est une tape sur les doigts.

Sous Lula, l’application des sanctions a repris. Les verbalisations sont instruites, les amendes sont infligées, et quand tu sais que ton tracteur va être saisi et ton exploitation verbalisée, ça change les calculs économiques de ceux qui pensaient que la forêt était un terrain vague à prendre.

### Les communautés locales et les peuples autochtones

Il y a un facteur que les gros titres ont tendance à sous-estimer : le rôle des communautés locales et des peuples autochtones sur le terrain. Les territoires autochtones sont parmi les mieux préservés d’Amazonie. Pas par hasard. Parce que les peuples qui y vivent ont tout intérêt à ce que la forêt reste debout, et qu’ils la connaissent mieux que n’importe quel satellite.

Des programmes comme les brigades forestières communautaires, soutenues par des ONG et parfois par l’État, permettent une surveillance de proximité que les satellites seuls ne peuvent pas faire. Quand tu as des gens sur le terrain 365 jours par an, tu repère la smoke avant qu’elle ne devienne un incendie, et tu repère la tronçonneuse avant qu’elle ne devienne une clairière.

## Les limites de l’optimisme

Bon. On a dit le positif. Maintenant, il faut être honnête, parce que l’enthousiasme excessif peut être aussi dangereux que le pessimisme systématique.

**1. On est encore loin des records historiques de Lula**

La barre des 7 000 km², c’était déjà considéré comme un succès énorme à l’époque. Aujourd’hui, on est à 5 796 km², encourageant. Mais le but n’est pas 5 796. Le but c’est zéro déforestation nette. Chaque km² de forêt perdu, c’est du carbone libéré, de la biodiversité en moins, du cycle hydrique affaibli. On ne celebrate pas une baisse quand on est encore très au-dessus de ce qui serait soutenable pour la planète.

Il faut garder en tête que même à 5 796 km², on est encore au-dessus de la capacité de régénération naturelle de la forêt amazonienne. La forêt pousse lentement, très lentement. Un km² de forêt détruite aujourd’hui, c’est plusieurs générations d’arbres qui mettront des décennies à repousser, si jamais ils repoussent.

**2. La dégradation, ce n’est pas de la déforestation, mais c’est tout aussi grave**

La déforestation, c’est le remplacement total de la forêt par autre chose. La dégradation, c’est la raréfaction de la forêt ou la réduction de sa qualité. Une forêt dégradée, c’est une forêt qui a perdu une partie de sa biodiversité, de sa capacité de stockage de carbone, de sa capacité hydrique.

Et la dégradation en Amazonie ces dernières années a été considérable, notamment à cause des mega-incendies de 2024 qui ont marqué les esprits du monde entier. Ces feux ont consumé des millions d’hectares de forêt, certains volontairement allumés pour défricher, d’autres propagés par la sécheresse et la chaleur.

Ces feux ne sont pas tous d’origine naturelle, loin de là. La forêt fragmentée par la déforestation est plus vulnérable au feu. Les bords de forêt sèchent, les vents chauds passent plus facilement, et quand un feu démarre dans une forêt dégradée, il se propage bien plus vite et est plus difficile à arrêter. C’est un cercle vicieux. La baisse de la déforestation est une bonne nouvelle, mais elle ne résout pas le problème de la dégradation.

**3. La pression foncière ne disparaît pas avec une politique**

Le Brésil est un pays immense avec des enjeux fonciers considérables. Derrière la déforestation, il y a des intérêts économiques puissants. Élevage bovin, soja, orpaillage illégal, exploitation forestière non déclarée. Ces intérêts ne disparaissent pas parce qu’un président signale une volonté politique. Ils évoluent, ils s’adaptent, ils cherchent les failles dans les réglementations.

Il y a aussi la question de la concentration foncière. Au Brésil, une petite élite possède une proportion enorme des terres. Et cette élite a souvent des intérêts directs dans l’agrobusiness ou l’exploitation forestière. Quand tu as des gens très riches et très connectés qui ont envie d’utiliser la forêt, la regulator va avoir du mal à les arreter.

Le rapport du Global Forest Watch (WRI) note que la perte de couverture forestière a diminué dans la plupart des biomes brésiliens de 2024 à 2025. Mais il note aussi que la pression reste présente et que les renversements de tendance sont toujours possibles si la volonté politique faiblit, ou si les nächsten présidentiales amènent quelqu’un de moins engagé sur ces questions.

**4. La COP30 en ligne de mire**

Le Brésil va accueillir la COP30 (la conférence des Nations Unies sur le changement climatique) à Belém, en Amazonie, à la fin de l’année 2026. Et il y a des attentes considérables autour de cette échéance. Le gouvernement brésilien sait que les yeux du monde seront fixés sur l’Amazonie, et ça crée une pression pour montrer des résultats concrets.

Cette pression peut être positive : elle motive l’action gouvernementale et les investissements. Mais il y a aussi un risque de storytelling. De communication plutôt que de substance. On a déjà vu des pays saisir des COP pour faire de belles annonces sans suivre avec des actes à la hauteur. Wait and see, comme on dit.

## Les limites de l’optimisme

Bon. On a dit le positif. Maintenant, il faut être honnête.

**1. On est encore loin des records historiques de Lula**

La barre des 7 000 km², c’était déjà considéré comme un succès énorme à l’époque. Aujourd’hui, on est à 5 796 km², encourageant. Mais le but n’est pas 5 796. Le but c’est zéro. Chaque km² de forêt perdu, c’est du carbone libéré, de la biodiversité en moins, du cycle hydrique affaibli. On ne celebrate pas une baisse quand on est encore très au-dessus de ce qui serait soutenable.

**2. La dégradation, ce n’est pas de la déforestation, mais c’est tout aussi grave**

La déforestation, c’est le remplacement de la forêt par autre chose : culture, élevage, urbanisation. La dégradation, c’est la raréfaction de la forêt ou la réduction de sa qualité. Et la dégradation en Amazonie ces dernières années a été considérable, notamment à cause des mega-incendies de 2024 qui ont marqué les esprits.

Ces feux ne sont pas tous d’origine naturelle, loin de là. La forêt fragmentée par la déforestation est plus vulnérable au feu. Les bords de forêt sèchent, les vents chauds passent plus facilement, et quand un feu démarre dans une forêt dégradée, il se propage bien plus vite. C’est un cercle vicieux. Donc oui, la déforestation baisse, mais la forêt reste menacée par le feu et la dégradation.

**3. La pression foncière ne disparaît pas avec une politique**

Le Brésil est un pays immense avec des enjeux fonciers considérables. Derrière la déforestation, il y a des intérêts économiques puissants. Élevage bovin, soja, orpaillage illégal, exploitation forestière non déclarée. Ces intérêts ne disparaissent pas parce qu’un président signale une volonté politique. Ils évoluent, ils s’adaptent, ils cherchent les failles dans les réglementations.

Le rapport du Global Forest Watch note que la perte de couverture forestière a diminué dans la plupart des biomes brésiliens de 2024 à 2025. Mais il note aussi que la pression reste présente et que les renversements de tendance sont possibles si la volonté politique faiblit.

**4. La COP30 en ligne de mire**

Le Brésil va accueillir la COP30 (la conférence des Nations Unies sur le changement climatique) à Belém, en Amazonie, à la fin de l’année 2026. Et il y a des attentes considérables autour de cette échéance. Le gouvernement brésilien sait que les yeux du monde seront fixés sur l’Amazonie, et ça crée une pression pour montrer des résultats.

Mais il y a aussi un risque de storytelling. De communication plutôt que de substance. On a déjà vu des pays saisir des COP pour faire de belles annonces sans suivre avec des actes. Wait and see.

## Conclusion : une inversion en marche, pas un succès acquis

L’Amazonie va mieux. Ça, c’est un fait. Les chiffres 2025 sont là, et ils sont encourageants. La direction est la bonne. Pendant des années, on avait l’impression de regarder un glacier fondre en temps réel. Maintenant, pour la première fois depuis longtemps, on voit un signe d’amélioration.

Mais “va mieux” ne veut pas dire “va bien”. La forêt reste sous pression, la dégradation reste un problème majeur non résolu, et les intérêts qui poussent à la déforestation sont toujours là, bien ancrés, avec des ressources financières considérables derrière eux. Le complexe agro-industriel brésilien pèse des milliards de dollars et emploie des millions de personnes. Ce n’est pas une minorité marginale qu’on peut facilement contrer.

Ce qu’on peut dire, c’est que la direction a changé. Pour la première fois depuis des années, on va dans le bon sens. C’est encourageant, ET ça demande à être soutenu. Parce que les cycles politiques sont imprévisibles, et que le prochain président brésilien pourrait très bien décider de rouvrir le livre du PPCDAM et de le refermer aussitôt.

En attendant, chaque km² de forêt préservée, c’est un peu plus de carbone stocké, un peu plus de biodiversité, un peu plus de pluie pour le continent. Et ça, ça vaut le coup de s’y accrocher. Chaque arbre compte. Chaque hectar compte. Et chaque voix qui s’exprime pour la forêt compte aussi.

La suite de l’histoire reste à écrire.

SatChit


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